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Le but de ce blog est d'eduquer et de discuter a propos des desastres naturels avec un focus sur l'activite et la vulnerabilite sismique, de reporter des informations generales relatives au tremblement de terre d'Haiti du 12 janvier 2010 et aux tremblements de terre du monde. Il met l'accent sur les efforts de reconstruction d'Haiti et la necessite d'utiliser des techniques de conception des structures de batiments et construction parasismique dans la construction des infrastructures physiques.

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Monday, April 2, 2012

Reconstruction anarchique: le cas de Villa Rosa

Gravement endommagé lors du séisme de 2010, le quartier de Villa Rosa, dans les hauteurs de Canapé-Vert, symbolise à lui seul l'absence de l'État haïtien dans le processus de reconstruction. Les ONG et organisations internationales ne font pas mieux. Pas étonnant que les sinistrés prennent les choses en main, au risque de reproduire les erreurs du passé.


Nicolas Joazard habite depuis toujours le quartier de Villa Rosa, un bidonville accroché au flanc de l'un des mornes qui dominent Port-au-Prince. Comme beaucoup de ses voisins, il a perdu sa modeste maison lors du séisme du 12 janvier 2010. Après deux ans d'efforts, le sexagénaire a réussi, sans l'aide de personne, à remettre sur pied sa demeure qui s'élève sur une pente au sol friable qui menace à tout moment de s'effondrer.



Le vieil homme ne croit plus depuis belle lurette aux promesses de reconstruction venant de l'État haïtien. << Ce ne sont que des paroles en l'air, grommelle-t-il. Au rythme où vont les choses, la situation n'aura pas encore changé dans 50 ans ! >>


On peut le comprendre. Monsieur Joazard affirme n'avoir encore vu aucun employé de l'État venir se rendre compte sur place des besoins des milliers d'hommes, de femmes et d'enfants qui ont tout perdu lors du tremblement de terre. Encore moins venir les conseillers sur les meilleures techniques de construction, alors que depuis deux ans, la classe politique et la communaute internationale ne parlent que de reconstruire le pays sur de nouvelles bases. " Personne ne nous a visites et les gens construisent comme ils veulent, affirme-t-il. Moi, je n'avais pas d'autre choix, j'ai du me debrouiller tout seul et reconstruire sur ce terrain, meme si nous savons que c'estdangereux. De toute facon, on n'a pas interdit les reconstructions et tout le monde le fait,,,"


Un seul coup d'oeil suffit en effet pour constater que le quartier de Villa Rosa a aujourd'hui l'air d'un vaste chantier. Et que l'apparente anarchie qui caractérisait l'habitat et le peuplement avant le séisme a laissé la place à... une apparence d'anarchie. Le quartier est en effet engorgé par de nombreux camions à benne transportant à longueur de journée sable, pierres, barres de fer et ciment. Un peu partout, sur des terrains minuscules à peine débarrassés des débris du séisme, des groupes d'ouvriers sont à l'oeuvre, reconstruisant sans plan d'ensemble - et sans que jamais leurs propriétaires n'aient pu parler aux autorités - le bidonville détruit. Dans leur grande majorité, les travaux sont conduits par des « bòs mason », en absence d'ingénieurs qualifiés.



Le quartier Villa Rosa, dont une partie est visible de la route menant vers Pétion-Ville, était habité avant le séisme par des milliers de personnes, dont une bonne partie s'est réfugiée tout près sur la place du Canapé-Vert. À mesure que les gens reconstruisent leurs masures, le quartier se repeuple. Plusieurs secteurs aux limites insaisissables et imprécises - Balanyen, Impasse Guercy ou Nan Tif, etc. - constituent ce bidonville en voie de recomposition.


Habité par des centaines de personnes, le secteur de « Nan Tif » porte bien son nom. << Les Haïtiens appellent ce type de sol ''tè tif'', explique le géologue Lee Stanley Boyer, spécialiste des mines. C'est en raison de ses similitudes avec des morceaux désagrégés d'une roche calcaire, le tuf. Dans certains endroits, le terrain est constitué d'une accumulation de colluvions (fin dépôt de sédiments résultant d'un remaniement voisin, ndlr), d'où un très mauvais sol. >> D'autres qualifient carrément la nature de ce sol instable de « tè savon », une épithète imagée qui rend bien ses propriétés, mais il n'y a aucun rapport entre ce type de sol et la roche volcanique dénommée tuf.


Les masures du secteur de Balanyen, qui longe une ravine insalubre dégageant une odeur pestilentielle, donnent de loin l'impression de se superposer et de ne tenir qu'à un fil. Les habitants vivant près de la ravine se rappellent les dernières inondations. Ils redoutent une nouvelle catastrophe : << Les voies de drainage sont littéralement obstruées, disent-ils. Que va-t-il se passer aux prochaines grosses pluies ? >>


Chose certaine, rien ne risque de distinguer le nouveau Villa Rosa de celui d'avant le séisme. << J'avais espéré que mon quartier allait être réaménagé et que nous en aurions fini avec ces corridors exigus, comme le promettaient après le 12 janvier les politiciens qui parlaient de construire enfin des logements sociaux >>, se désole Pierre Richard Mathurin,qui est né dans la localité.


Ce jeune homme dans la vingtaine regrette de devoir vivre dans les mêmes conditions ayant causé la mort de tant de ses compatriotes.<< Cela nous révolte de vivre dans cette situation, s'indigne-t-il. Nous aimerions habiter un quartier accessible, où il y a des services disponibles, mais hélas! nous sommes retournés à la même situation qu'avant le séisme. Les gens construisent comme ils le veulent, en dehors de toute norme et dans la passivité totale des autorités constituées. >>


L'aide internationale n'a pas totalement oublié les résidents du quartier de Villa Rosa. Grâce au projet Gestion de débris du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), plusieurs personnes ont pu faire déblayer gratuitement leur maison détruite et disposent aujourd'hui d'un terrain débarrassé de ses gravats. Une économie de centaines de dollars pour chacun de ces particuliers... Financé par le Fonds pour la reconstruction d'Haïti et planifié par les Nations Unies, le projet comporte en principe trois volets, dont seul le premier - le déblayage des débris sous l'égide du PNUD - a jusqu'ici fait l'objet de travail concret sur le terrain.


 À l'impasse Guercy comme à Balanyen, aucune des personnes interrogées n'a entendu parler de planification communautaire tel qu'endossée par ONU-Habitat, et encore moins du recyclage des débris supposé créer des emplois, que promettait pourtant le Bureau international du travail...


L'agent de liaison de la mairie de Port-au-Prince affecté au projet du PNUD, Obenne Derisier, dit ne rien pouvoir faire pour contrer le retour des sinistrés sur des terrains dangereux. << L'État est faible et la situation dans ces quartiers est très compliquée, dit-il, comme pour justifier l'inaction des autorités. On n'a pas assez de moyens pour empêcher les constructions anarchiques. On peut passer le matin et ne voir aucune construction, mais quand on retourne le soir, on constate qu'on a eu le temps d'ériger une maison. »


Afke Boostman, directrice du projet Gestion des débris du PNUD, se dit aussi au courant du problème, mais affirme que l'action de son organisme se limite au déblaiement. << Si vous voulez parler de reconstruction, adressez-vous à ONU-Habitat, responsable de la planification communautaire >>, a-t-elle declaré.


Ce volet est apparemment le moins concret du projet, car, sur le terrain, aucun indice ne laisse croire qu'un quelconque travail de réaménagement urbain est en cours. Contactés, les responsables d'Onu-Habitat, qui n'ont voulu répondre aux questions qu'à distance, ont indiqué que les travaux de cartographie sont encore en cours et des focus groupes ont débuté en vue de la restructuration des quartiers pour la zone de Turgeau comprenant Villa Rosa et d'autres quartiers. Il y a lieu de s'interroger sur la stratégie de restructuration de ces espaces où les propriétaires, n'ayant apparemment pas d'échos d'un quelconque plan, reconstruisent avec les moyens du bord et à un rythme aussi accéléré.


Cordaid, en revanche, une ONG hollandaise spécialisée dans l'aide d'urgence avec des ramifications dans 36 pays, peut se vanter d'avoir fourni des abris permanents à plus d'une centaine de familles vulnérables du quartier Villa Rosa. << Notre programme, qui a débuté en novembre 2010, a été transformé en cours d'exécution, explique Gubert Saint-Fleury, responsable du projet de relogement à Port-au-Prince pour Cordaid. Nous avons dû laisser la phase d'urgence pour passer à celle des abris permanents en raison des nouvelles réalités. »


Les dimensions des maisons offertes gratuitement aux sinistrés varient de 15 à 22 mètres carrés. Selon Gubert Saint-Fleury, il n'était pas possible d'offrir des maisons plus grandes en raison notamment de l'irrégularité des parcelles. Félix Saint-Victor, un bénéficiaire rencontré dans sa maisonnette de 16 mètres carrés en construction, vivra bientôt dans cet espace réduit avec sa famille de 7 personnes. Il se dit content malgré tout. « Je n'avais pas d'argent pour reconstruire ma maison, raconte-t-il. Mais à défaut de pouvoir obtenir ce qu'on désire, on ne peut que se résigner ! >>


Il faut dire que les maisons de Villa Rosa ne comportent aucune installation sanitaire. Marie-Ange Fleurisca, qui y vit avec ses deux enfants, en sait quelque chose. Elle partage avec d'autres voisins un  cabinet d'aisances qui déverse une odeur fétide plusieurs mètres à la ronde. « La nuit, nous devons nous déplacer avec nos enfants s'ils veulent faire leurs besoins, dit-elle. C'est difficile pour tous. »


Ce retour massif des sinistrés dans leurs anciens quartiers accroît d'autant la pression sur l'environnement. Le problème, c'est que si le repeuplement anarchique du quartier Villa Rosa se fait à un rythme accéléré, l'État haïtien, lui, va beaucoup moins vite en besogne. << Le travail de réaménagement des quartiers n'en est encore qu'au stade de la réflexion, admet Alfred Piard, directeur du ministère des Travaux publics, Transport et Communication. Une carte des risques que présente chaque endroit est en cours d'élaboration. >> En d'autres mots, plus de deux ans après le séisme destructeur, l'État haïtien n'est même pas parvenu à identifier les zones les plus dangereuses.


Ce dernier est de plus en plus mal placé pour faire la leçon à la communauté internationale, à laquelle il reproche de ne pas décaisser assez rapidement les fonds promis. L'État haïtien, censé assurer la coordination des projets et de fournir les directives, est à court d'idées. En effet, plus de 100 millions de dollars sont disponibles sur le compte du Fonds pour la reconstruction d'Haïti (FRH), dont les responsables attendent toujours les demandes de financement de nouveaux projets de la part du gouvernement haïtien...


Josef Leitmann, le gestionnaire du FRH, affirme que sur les quelque 396 millions de dollars mobilisés par la communauté internationale, 275 ont été alloués à la réalisation de 17 projets. « Dans un premier temps, le gouvernement a exigé que les projets soient approuvés et soumis par la CIRH, mais étant donné qu'il n'y a plus de CIRH, cette tâche a été laissée au bureau du Premier ministre », a-t-il déclaré.


M. Leitmann s'inquiète du fait que depuis plus de 7 mois, soit depuis août 2011, aucune demande de financement n'a été présentée par l'État haïtien...


« L'argent est là pour financer la reconstruction, mais il n'y pas de proposition formelle de l'État haïtien, soupire Josef Leitmann. En attendant, les fonds restent en banque et ne sont pas alloués dans  l'intérêt des citoyens. Il n'y a pas de quoi être fier !»


Source: le Nouvelliste





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