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Le but de ce blog est d'eduquer et de discuter a propos des desastres naturels avec un focus sur l'activite et la vulnerabilite sismique, de reporter des informations generales relatives au tremblement de terre d'Haiti du 12 janvier 2010 et aux tremblements de terre du monde. Il met l'accent sur les efforts de reconstruction d'Haiti et la necessite d'utiliser des techniques de conception des structures de batiments et construction parasismique dans la construction des infrastructures physiques.

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Sunday, November 21, 2010

Haiti Reconstruction et Economie

EHaiti-Reconstruction : Petite histoire du « Cash-for-work »

mardi 9 novembre 2010

Enquête

Dans le cadre du partenariat médiatique « Ayiti Kale Je »*, dont AlterPresse fait partie

P-au-P., 9 nov. 2010 [Ayiti Je Kale / AlterPresse]--- « Cash-for-work » (CFW) est un terme utilisé par les agences humanitaires pour designer des emplois à court terme destinés à une main-d’œuvre non qualifiée. Un de ses principaux objectifs est de faire circuler de l’argent en vue de « relancer » l’économie. Les travailleurs sont payés au salaire minimum ou moins. Le terme semble provenir d’un programme connexe, "Food for Work" (FFW), que les agences humanitaires ont mis en œuvre en Haïti et à travers le monde depuis des décennies.

En Haïti, les programmes CFW ciblent spécialement les victimes du tremblement de terre qui vivent dans les 1.300 camps pour personnes déplacées ou à la campagne chez des amis ou des parents.

Un emploi CFW est généralement d’une durée de huit heures par jour, cinq ou six jours par semaine, deux ou quatre semaines, avec un salaire journalier de 200 gourdes (salaire minimum en Haïti, environ US $ 5,00). Les emplois types sont : le balayage des rues, le nettoyage des canaux de drainage, l’enlèvement des décombres à la main, la construction de latrines dans les camps, la réparation de routes rurales à l’aide de pioches et de pelles, et la construction de terrasses dans les zones agricoles.

Certains emplois sont une combinaison de CFW et FFW, parce que plutôt que de recevoir 200 gourdes, le travailleur obtient 120 gourdes (US $ 4.00) et une ration alimentaire – généralement du blé, des haricots et de l‘huile végétale. Et dans certaines régions du pays, les travailleurs obtiennent seulement de la nourriture, comme à Maniche, dans le sud, où ils reçoivent un sac de blé, un sac de haricots et cinq gallons d’huile au bout de quatre semaines de travail.

Malheureusement, au niveau du gouvernement haïtien, des économistes et du grand public, personne ni aucune agence ne sait vraiment combien de gens travaillent dans la multitude de programmes CFW et FFW mis en place actuellement en Haïti.

Ayiti Kale Je s’est entretenu avec des travailleurs et des superviseurs CFW, avec des représentants de diverses organisations humanitaires, et également a consulté des dizaines de documents et sites web. Bien que de nombreux responsables ont pu déclarer que leurs programme procure 1.500 emplois ou 2.500 emplois par jour, personne ne dispose d’un chiffre global, de leur répartition sur le territoire, ou de statistiques sur les activités de ces travailleurs. (Le manque de coordination dans ce secteur est similaire à ce que Ayiti Je Kale a constaté plus tôt cet automne, en ce qui concerne la réinstallation 1,3 millions de sans-abri.)

Par exemple : Concern Worldwide emploie 400 travailleurs ; American Refugee Committee, 105 ; Catholic Relief Services, 6000. Mercy Corps emploie donne environ 600 emplois près de Hinche, le Programme Alimentaire Mondial (PAM) a déclaré qu’il aura employé un total de 140.000 personnes d’ici la fin de l’année 2010, mais la durée de l’emploi varie. Le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) affirme que le nombre d’emplois qu’il aura fourni d’ici la fin de 2010 sera de près de 400.000 (bien que le PAM a indiqué que certains d’entre eux sont aussi des emplois PAM). Le PNUD a un coût total d’environ US $ 80 millions de dollars.

"cash-for-work”, un ajout relativement récent à la littérature humanitaire

Le terme "cash-for-work” est un ajout relativement récent à la littérature humanitaire, mais le concept existe de longue date.

En fait, l’économiste britannique John Maynard Keynes (1883-1946) pourrait être considéré comme le père du "cash-for-work."

Oxford University Press résume la pensée keynésienne sur l’intervention de l’État comme suit :

En termes simples, Keynes a critiqué le fait que la crise de la demande [Wall Street en 1929], a été provoquée par la pensée économique « orthodoxe » basée sur les vertus du libre marché. Keynes a plaidé pour un rôle beaucoup plus pro actif et créatif de l’État, qui doit ajuster la demande dans l’économie afin d’assurer la (relative) stabilité à travers les cycles économiques qui, autrement, seraient une série de « booms » et « busts » (« expansion » et « ralentissement »).

Un des points essentiels introduits par Keynes a été que l’augmentation de la demande aura un effet « multiplicateur », de sorte que l’intervention du gouvernement dans la création d’emplois (par exemple) créera de nouveaux emplois dans les industries qui sont liées à la consommation.

Durant la Grande Dépression aux États-Unis, l’administration de Franklin D. Roosevelt a mis la théorie de Keynes en pratique. Les programmes du New Deal, du Civilian Conservation Corps et du Works Projects Administration (WPA) ont employé des millions de personnes.

Mais comme Robert Scheer de Truthdig l’a récemment écrit dans son nouveau livre, The Great American Stickup : How Reagan Republicans and Clinton Democrats Enriched Wall Street While Mugging Main Street, le capitalisme est hanté par plus de dépressions et de récessions.

« La grande et terrible ironie du capitalisme est que si on le laisse libre, il organisera, inexorablement, sa propre disparition, soit par la révolution ou l’effondrement économique ...

La réglementation gouvernementale de l’économie de marché est venue avec le New Deal, ou il y a avait le désir de sauver le capitalisme plutôt que de le détruire. "

Le New Deal de FDR offre un exemple parfait. Avec des milliers d’hommes et de femmes sans emploi marchant sur Washington, et avec les organisations syndicales et les partis socialistes ou communistes gagnant en force, les programmes d’emplois ont été créés autant pour la prévention de la révolution que pour la relance de l’économie.

Les prédécesseurs du CFW et FFW en Haïti

Ces deux objectifs cités plus haut ont également été à l’origine de divers programmes d’emplois en Haïti.

François « Papa Doc » Duvalier conduit un programme de "make-work” ou des emplois cosmétiques. Duvalier utilise ces emplois – et la terreur – pour empêcher toute forme de révolte, tout comme le Sénat romain a utilisé "panem et circenses » (« du pain et des jeux ») pour apaiser les masses.

Mais bien avant le programme de Duvalier, les Américains initient une série d’interventions radicales dans l’économie haïtienne, car ils essaient d’empêcher la révolution ou au moins d’assurer la stabilité et de prévenir la migration vers les États-Unis, par l’installation de structures et de pratiques capitalistes qui seraient bénéfiques pour l’économie américaine.

Les premières grandes interventions ont lieu au cours de l’occupation américaine (1915-1934). A la fin de l’occupation, plus d’une douzaine d’agro-industries américaines - les entreprises de caoutchouc, de sucre et d’ananas – s’accaparent des centaines de milliers d’hectares de terre, autrefois cultivées par les paysans.

Les Américains offrent à ces paysans nouvellement sans terre du travail mais à bas salaires - 10 à 30 cents US par jour – sur leurs plantations et agro-industries. Le Département d’Etat justifie cet ’"ajustement" de l’économie avec des promesses maintenant familières, donnant des concessions aux compagnies américaines sous le prétexte que les nouveaux acteurs fourniraient du « travail à la population » et assureraient « le développement économique », selon l’historien Suzy Castor.

Également au cours de cette période, le gouvernement américain encourage les projets qui, selon lui, moderniseraient le secteur agricole, mais, selon Castor, « l’occupation n’apporta aucune solution, ni même une amélioration sensible au problème agricole haïtien ».

Après l’occupation, Ex-Im Bank du gouvernement américain soutient principalement des investisseurs américains créent des entreprises avec des promesses semblables au New Deal – des milliers d’emplois et la stimulation de la consommation.

Les programmes et projets ont beaucoup de résultats - le barrage de Péligre qui déplace et appauvrit des milliers de familles paysannes, l’inflation, la corruption, les bénéfices pour les entreprises étrangères (y compris KBR, un sous-traitant militaire des États-Unis, alors appelée Brown and Root), et l’augmentation de la dette haïtienne d’un montant supplémentaire de US $ 33 millions de dollars, selon l’économiste Gérard Pierre-Charles.

Les améliorations promises pour l’économie via l’augmentation de la demande et de l’offre sont absentes de la liste des résultats.

La prochaine grande intervention de Washington se réalise durant le régime des Duvalier. Les États-Unis débloquent des millions, d’abord pour soutenir la dictature comme un rempart contre le communisme, et ensuite pour des projets de "développement" agricoles visant à endiguer le flux des réfugiés "boat people" vers les États-Unis.

Mais le flux ne s’arrête pas. Ainsi, en 1982, « l’USAID et les agences de développement multilatérales, y compris la Banque mondiale, le Fonds monétaire international, et la Banque Interaméricaine de Développement, ont formulé une nouvelle stratégie », qui était « sans précédent tant en portée qu’en taille », selon les économistes Josh DeWind et David H. Kinley III.

La stratégie prévoit de tenter de « renforcer l’intégration d’Haïti dans l’économie internationale et en particulier dans le marché américain » avec les projets qui sont principalement gérés par des « organisations privées et bénévoles... afin de contourner l’inefficacité des organismes gouvernementaux du pays d’accueil. »

Ces organisations privées et bénévoles sont les prédécesseurs des « organisations non gouvernementales » [1] ou des ONG – La « République des ONG » est née.

En 1988, DeWind et Kinley note que « la nouvelle stratégie semble avoir maintenu et même aggravé les problèmes économiques et politiques qui ont provoqué l’émigration haïtienne », mais l’USAID, la Banque mondiale et les ONG et d’autres continuent dans la même voie.

Plus récemment, les programmes de l’USAID ont introduit des programmes d’emplois massifs pour les millions de pauvres paysans haitiens. Mais de nombreuses études, comme Feeding Dependency, Starving Democracy : USAID Policies in Haiti et Democracy Undermined, Economic Justice Denied, toutes deux réalisées en 1997, montrent que les programmes ont fait peu de bien.

Feeding Dependency a examine les programmes FFW de USAID, qui ne sont pas très différents du CFW en cours, sauf que les travailleurs étaient souvent payés avec des denrées alimentaires américains, et non avec de l’argent comptant. Le rapport a conclu que les programmes de l’USAID « ont favorisé les intérêts économiques américains, et non pas le développement d’Haïti. »

Le rapport a examiné le programme de « travail à haute intensité de main-d’œuvre, » établie en 1993, lorsque Washington réalise que le retour du président en exil, Jean-Bertrand Aristide, est inévitable. l’USAID crée ce programme d’un montant de $ US 18 millions pour « augmenter les revenus de nombreuses familles pauvres haïtiennes » et « créer un sentiment de confiance et d’espoir ». Mettant l’accent sur la réhabilitation et l’amélioration des terres agricoles, le budget atteint un total de US $ 38 millions de dollars, sur 34 mois, et aurait employé, à son apogée, 50.000 travailleurs par jour.

Mais l’objectif a t-il vraiment été de « créer un sentiment de confiance et d’espoir » ?

Ou était-ce peut-être aussi de s’assurer que les partisans d’Aristide et du mouvement progressiste démocratique et populaire, avec ses revendications de gauche, ne trouvent pas d’espace pour se mobiliser une fois l’ordre constitutionnel rétabli en 1994 ?

FD a découvert que les programmes « ont activement renforcé les forces anti-démocratiques et populaires et affaibli les organisations démocratiques », notant que :

Les conséquences négatives que cela comporte pour le développement durable, le développement communautaire, ne peuvent pas être sous-estimées. En effectuant le programme durant la période du sanglant coup d’État militaire, les États-Unis ont fourni au gouvernement de facto un soutien politique.

Le rapport indique également que les programmes ont :

• retiré des paysans de la production alimentaire,

• créé de nouvelles habitudes de consommation,

• entravé « l’esprit bénévole et communautaire nécessaires pour le développement », et

• « généré de la dépendance. »

Enfin, l’étude note que la plupart des travaux d’infrastructures ont été éphémères – les canaux se remplissent rapidement et les routes construites à la main deviennent des chemins rocailleux au cours de la prochaine saison des pluies. [akj apr 09/11/2010 00 :30]

…………..

Références

Suzy Castor, L’Occupation américaine d’Haïti, 1988 edition.

Gérard Pierre-Charles, L’Économie Haïtienne et sa voie de Développement, 1967.

Josh DeWind and David H. Kinley III, AIDING MIGRATION – The Impact of International Development Assistance on Haiti, 1988.

* « Ayiti Kale Je » est une initiative de partenariat médiatique en vue d’assurer des investigations journalistiques sur la reconstruction d’Haïti suite au séisme dévastateur qui a frappé le pays et fait 300.000 morts et autant de blessés.

Le Groupe Médialternatif est un des partenaires de cette initiative, à travers son agence multimédia AlterPresse (http://www.alterpresse.org/), avec la Société pour l’Animation de la Communication Sociale (SAKS - http://www.saks-haiti.org/). Deux réseaux participent également : le Réseau des Femmes Animatrices des Radios Communautaires Haïtiennes (REFRAKA) et l’Association des Médias Communautaires Haïtiens (AMEKA), qui est composé de stations de radios communautaires à travers le pays.

Perspectives

Haiti-Reconstruction : Effets pervers du « Cash-for-work »

mercredi 10 novembre 2010

Enquête

Dans le cadre du partenariat médiatique « Ayiti Kale Je »*, dont AlterPresse fait partie

P-au-P., 10 nov. 2010 [Ayiti Je Kale / AlterPresse]--- Les journalistes d’Ayiti Kale Je - à Port-au-Prince et dans cinq stations de radio communautaires à travers le pays - ont interrogé le personnel du Cash-for-Work (CFW), les économistes et les travailleurs humanitaires, et ont analysé les documents provenant d’organisations non gouvernementales [1] (ONG) et agences impliquées dans la mise en œuvre des programmes CFW et Food-for-Work (FFW).

Ayiti Kale Je a constaté que la plupart des travailleurs étaient heureux d’avoir un emploi CFW. Les journalistes ont également trouvé des exemples de corruption et de mauvaise gestion :

• Une équipe de travail a été gérée par un chauffeur de taxi moto qui était le cousin du « leader paysan » et cette équipe avait au moins un travailleur agé de moins de 18 ans. (Perèy)

• Dans au moins deux régions, des travailleurs ont signalé qu’ils ont été obligés de donner une partie de leur éventuel salaire (500 et 1.500 gourdes) en échange de travail CFW. (Perèy et Carrefour-Feuilles)

• Fréquemment, les équipes de travail ont moins de travailleurs qu’elles sont censés avoir, elles ne travaillent pas, et souvent ne respectent pas les horaires. (Port-au-Prince et autres endroits)

• Un candidat sortant du parti au pouvoir, Inite, contrôle l’embauche de travailleurs CFW pour plusieurs équipes. (Léogane)

Mais d’autres résultats de l’investigation Ayiti Kale Je - liés aux effets de la CFW - sont plus frappants que ces exemples de corruption.

Certains effets peut-être inattendus

1 – Banalisation de la notion de « travail »

Les programmes CFW sont honteusement sous-productifs et même non-productifs. Un coordonnateur étranger de CFW les a appelé « Cash for ne rien faire ».

Ce phénomène n’est pas propre à Haïti. Aux États-Unis, même si de nombreux programmes de WPA [lien] ont produit des infrastructures durables et employé des centaines d’écrivains et artistes, le WPA a également eu des surnoms tels que "We Piddle Around" (“Nous pissons partout”) et "Whistle, Piss et Argue gang » (“Equipe de Siffler, Pisser et Jurer”) parce que ces équipes de voirie n’étaient pas toujours productives.

Des économistes haïtiens et quelques responsables de CFW sont préoccupés par les effets à long terme des programmes CFW.

« Je crains que nous créons peut-être une mauvaise éthique de travail, parce que je pense que vous voyez beaucoup d’équipes de CFW dans toute la ville et le pays, et si vous regardez bien, les équipes de travail ne sont pas nécessairement au travail », a déclaré Deb Ingersoll, coordonnateur CFW pour American Refugee Committee. « Je crains que nous offrons ... une image du travail qui n’est pas nécessairement celle du vrai labeur."

L’économiste haïtien Camille Chalmers est d’accord.

« Ils savent qu’ils gagnent de l’argent en faisant quelque chose qui n’est pas vraiment le travail. Ils sont très conscients de cela. C’est clair quand vous voyez des gens travaillant sur les tas de décombres. Ils ramassent un bloc ou une roche... cela crée une sorte de déformation dans les têtes des gens sur ce que le travail devrait être », explique Chalmers à Ayiti Kale Je.

2 - Miner la légitimité du gouvernement et permettre aux ONG et agences étrangères de prendre sa place

Déjà dans son rapport sur les efforts de secours au cours des premiers six mois http://www.interaction.org/document... en Juillet, Inter-Agency Standing Committee des Nations Unies a noté que les programmes CFW, où les travailleurs portent souvent des tee-shirts avec les logos d’ONG, pourrait miner « la légitimité du gouvernement. »

Dans les entretiens à la capitale et en province, AKJ a remarqué un mépris croissant pour le gouvernement (bien que, pour être juste, ce mépris est antérieur au 12 Janvier) avec une attente grandissante que les besoins fondamentaux et les services peuvent et doivent être pris en charge par des ONG étrangères plutôt que le gouvernement.

« Notre avenir repose sur les ONG ! Nous ne pouvons pas compter sur le gouvernement. Si c’était pour le gouvernement, nous serions déjà morts. Aucun responsable de l’Etat n’est jamais venu ici », a déclaré François Romel, un responsable de CFW dans le camp Terrain Acra, à la capitale, qui abrite 5.000 familles. « Essentiellement, nous n’avons pas un gouvernement dans ce pays. »

« Quel que soit le programme qui nous arrive, nous y participerons », a déclaré Pierre Wilson, président de l’Association Paysanne Perèy, qui exécute un programme de 600 emplois pour Mercy Corps. « Si ses travaux, et nous sommes payés, nous allons le faire ... Je pense que ces emplois devraient être permanents. »

Ces attitudes sont « très préoccupantes », a noté Chalmers.

« Ce système de « l’économie humanitaire » ou « l’économie d’urgence »... est en train de verrouiller le pays dans une « approche humanitaire » et une dépendance à l’aide ...

Il y a un décalage croissant entre ce que les gens pensent qu’ils peuvent faire en tant que citoyens, parce que de plus en plus de rôles sont joués par les ONG et les acteurs internationaux dans tous les domaines ... Ceci légitimise également la présence d’acteurs internationaux dans tous les domaines. »

Et c’est peut-être un résultat recherché, selon Chalmers.

« Regardez le rapport Collier », a t-il noté.

Chalmers a ainsi fait allusion à Haiti : From Natural Catastrophe to Economic Security, écrit pour l’ONU par l’économiste Paul Collier en 2009. Ce rapport énonce les grands axes des programmes mis en œuvre en Haïti après le 12 Janvier.

Collier recommande que les ONG et le secteur privé fournissent des services de santé de base et d’éducation parce que « l’amélioration des services publics n’est pas une solution viable : les problèmes du secteur public sont profonds et il n’est pas réaliste de s’attendre à ce qu’ils puissent être résolus rapidement. »

Un document plus récent de la RAND Corporation, un consultant habituel du Département d’Etat américain, fait la même recommandation. [akj apr 10/11/2010 00 :30]

> Perspectives >

Haiti-Reconstruction : Le prétexte de la relance de l’économie

jeudi 11 novembre 2010

Enquête

Dans le cadre du partenariat médiatique « Ayiti Je Kale »*, dont AlterPresse fait partie

P-au-P., 10 nov. 2010 [Ayiti Je Kale / AlterPresse]--- Un objectif déclaré des programmes CFW est de faire travailler les gens pour de l’argent, qui est ensuite consacré à satisfaire ses besoins, et contribuer ainsi à une « relance » de l’économie.

L’économie de qui ?

Bien que AKJ ne puisse déterminer quel rôle ont joué les programmes CFW dans la remise en marche de l’économie, une chose est certaine : les trottoirs et les rues de la capitale sont encombrés de vendeurs de marchandises pour la plupart importées. En même temps l’USAID semble qualifier ce type d’activité économique - la vente de chaussures et de vêtements usagés importés - comme un « succès » [voir ce rapport – link]. Tout le monde ne voit pas les choses de la même façon.

« Le principal impact du CFW est sur la circulation de l’argent », a dit l’économiste haïtien Gerald Chéry. « Chaque fois qu’il ya une grande crise dans une économie ... ils cherchent toujours des mesures temporaires pour créer des emplois afin que les gens puissent avoir des revenus. »

Toutefois, Chéry a noté que si les revenus créent la demande, la question qui doit être posée c’est : la demande pour quoi ?

« Nous avons besoin que l’argent qui circule en Haïti ne quitte pas Haïti pour aller vers un autre pays. L’argent doit rester en Haïti pour que cela puisse créer du travail. Vous ne pouvez pas payer quelqu’un, puis il achète, mais c’est un autre pays qui en bénéficie, pas Haïti, » a déclaré Chéry.

Et pourtant, aujourd’hui en Haïti, c’est exactement ce qui se passe.

Des études menées, entre autres, par Oxfam indiquent que les bénéficiaires CFW dépensent environ la moitié de leur salaires en denrées alimentaires et / ou en marchandises à revendre dans la rue, avec le reste la plupart du temps, ils payent le loyer, les frais de scolarité, le remboursement des dettes et d’autres charges.

Si la moitié de l’argent CFW est consacré à l’alimentation et les marchandises à revendre, ceux qui en profitent dans cette économie mondiale de récession se trouvent à l’extérieur des frontières haïtiennes.

Haïti achète plus de la moitié de sa nourriture à l’étranger, donc beaucoup d’argent CFW va aux partenaires commerciaux d’Haïti, et le plus grand d’entre eux c’est les États-Unis. En 2008, Haïti a acheté près de US $ 1 milliard de dollars de marchandises à son voisin du Nord, dont US $ 325 millions de nourriture.

Le salaire est-il suffisant ?

Personne ne pense – suivant les investigations menées par AKJ et les ONG – que le salaire de 200 gourdes par jour soit suffisant.

« Cela m’aide, mais pas tant que ça. C’est juste un minimum », a déclaré Lorde Jordany, un travailleur de 19 ans, près de Maniche, dans le sud du pays.

Dans ce programme de Catholic Relief Services, au bout d’un mois les travailleurs obtiennent un sac de blé, un sac de haricots et de l’huile végétale. Jordany dit qu’il va tout revendre, pour environ 3200 gourdes, soit environ US $ 81, ce qui signifie qu’il aura gagné environ 160 gourdes par jour, moins que le salaire minimum officiel de 200 gourdes par jour.

Les économistes, défenseurs des droits humains et même les ONG d’exécution conviennent que 200 gourdes ne suffisent pas.

« Nous constatons que les gens ne font pas vraiment assez pour répondre à tous leurs besoins », a souligné Ingersoll.

Une étude de 2008 menée par le Washington Worker Rights Consortium qui prend en compte les besoins en calories, le loyer, la scolarité, l’énergie, la nourriture et d’autres dépenses, a déterminé un salaire minimum vital pour un adulte avec deux mineurs à charge de 15,244.48 gourdes par mois, soit environ 548,30 gourdes (environ US $ 13,88) par jour.

Qu’est-ce qui se passe à la campagne ?

Un des problèmes généré par les programmes FFW mis en œuvre antérieurement en Haïti a été l’abandon de la production agricole par les paysans qui ont délaissé leurs parcelles. [Lien vers la partie 1]

En 2010, AKJ a découvert le même phénomène, même s’il est vrai que dans certaines régions, le mois d’octobre est une période creuse. Néanmoins, peu de paysans admettraient que leur présence dans une équipe de travail nuirait à leur production agricole. Beaucoup ont affirmé qu’ils travailleraient dans les champs après une journée de travail de huit heures sous le soleil des Caraïbes, ou « vraiment de manière intense » le samedi.

Mais, Philippe Céloi, un agronome, qui supervisait le programme de six mois de Catholic Relief Services près de Maniche, a admis que la plupart de ses 468 travailleurs étaient des paysans. Les travailleurs - qui passaient un mois dans une équipe – étaient en train de construire des terrasses sur les pentes des bassins versants.

« Après six mois, il y aura des avantages - et pas seulement pour les travailleurs qui ont obtenu un salaire, mais aussi pour la communauté », a déclaré Céloi.

Toutefois, interrogé sur l’impact de ce travail sur l’agriculture paysanne, Céloi a admis qu’il y a un côté négatif dans le programme.

« Oui, il y a aussi des inconvénients. Par exemple, ces paysans ne sont pas en train de planter comme cela devrait être le cas. En ce moment c’est la saison des haricots ... Et ils ne sont pas en train de planter des pommes de terre, du manioc ou du sorgho. Alors, quand ce programme prendra fin, il va y avoir un problème, parce que les gens ne seront pas en mesure de trouver de la nourriture à manger ... Ces personnes se retrouveront dans une situation difficile. »

Des emplois pour les résidents du camp et des personnes déplacées à la campagne

Dans la capitale, les habitants du camp semblent être les principaux bénéficiaires des programmes CFW.

Dans les campagnes, cependant, AKJ a été incapable de trouver une seule personne déplacée ou membre d’une famille d’accueil travaillant dans un programme CFW ou FFW. Selon des journalistes des radios communautaires à Maniche, Fondwa et Papaye, très peu de personnes déplacées demeurent dans leurs communautés rurales.

Par conséquent, beaucoup de ceux qui travaillent à l’extérieur de la capitale sont des paysans, les jeunes et les personnes âgées qui ont obtenu des emplois par l’intermédiaire de leur église, un groupe local de base, ou par l’intermédiaire de leurs connexions à un candidat ou un autre « chef » local, qui leur a personnellement remis les cartes de travail. Dans certains endroits, les fonctionnaires locaux se sont plaints que le programme leur donne des problèmes car il sème « la jalousie » dans les communautés.

La stabilité politique

Un seul document CFW que AKJ a reçu énonce cet objectif politique noir sur blanc et proclame son succès.

Le Bureau de l’USAID « Office of Transition Initiatives », qui, jusqu’au 30 Juin avait dépensé plus de US $ 20 million dans les programmes CFW, via deux sous-traitants - Chemonics et Development Alternatives Incorporated – avait comme principaux objectifs de « soutenir le gouvernement d’Haïti, promouvoir la stabilité, et diminuer les risques de troubles.

Dans le même document, répondant à la critique de l’auditeur de l’USAID qui a révélé que les programmes CFW financés par l’organisme américain n’ont pas permis d’enlever les décombres comme ils devraient, Robert Jenkins, directeur par intérim de l’USAID/Haïti ainsi que l’AID/OTI, a écrit ceci :

« L’objectif stratégique de l’OTI en Haïti a été et est de favoriser la stabilisation dans un environnement changeant et volatil. Le premier moyen (tactique) pour parvenir à cette fin a été l’embauche une quantité de travailleurs et l’enlèvement des gravats. Les hypothèses sous-jacentes à cet égard sont les suivantes : (1) les travailleurs (en particulier les jeunes hommes) sont moins susceptibles de recourir à la violence s’ils ont un emploi ; (2) Les infusions d’argent comptant dans les quartiers les plus pauvres auraient probablement un effet salutaire ; (3) L’enlèvement des gravats, toujours dans les quartiers les plus pauvres, a été hautement symbolique, car cela a offert l’espoir de retour vers une certaine forme de normalité. »

Jenkins a également noté que les programmes étaient « clairement marqués en tant qu’initiative du gouvernement du Haïti. » Cela signifie qu’objectivement, dans une année électorale, ils soutiennent le parti au pouvoir et son candidat, Jude Célestin.

Sans surprise, il y a eu des affrontements en rapport avec CFW dans certains quartiers, incluant des affrontements entre les travailleurs apparemment pro-Célestin et les partisans des autres candidats qui ont dit qu’ils ont été exclus des programmes d’emploi. Un groupe de manifestants a scandé à la fin du mois d’octobre : « Cash for Work, c’est Cash for Vote ! »

Cash for Work fonctionne…

Ainsi, dans le long terme ... les programmes CFW en Haïti « empêchent(-ils) la révolution » et « sauvent(-ils) le capitalisme » ?

Certes, en Haïti il n’y a pas eu le genre de grandes manifestations comme celles qui ont eu lieu au Mexique après le tremblement de terre de 1985. Des milliers de personnes n’ont pas attendu deux semaines après cette catastrophe dévastatrice, pour défiler dans les rues et faire en sorte que leurs demandes de logements décents soient entendues.

Peut-être l’effet de « stabilisation » est une des raisons pour lesquelles le gouvernement haïtien demande aux agences et aux ONG de poursuivre et même de renforcer leurs programmes ?

Une ébauche d’un document élaboré par le gouvernement haïtien sur le CFW ne mentionne pas cette raison. Il prétend plutôt que les emplois CFW vont « relancer l’économie », « améliorer la sécurité alimentaire », « assainir l’environnement » et « relancer la production alimentaire. »

Cependant, comme l’enquête de AKJ, l’étude de 1997 et d’autres travaux ont montré, que les programmes de CFW ne contribuent, dans le long terme, à aucun de ces objectifs. Mais l’histoire montre qu’ils ne sont pas un gaspillage total d’argent non plus. [akj apr 10/11/2010 00 :30]

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